Pr. Philippe Remond (ressortissant Français) révèle: “Les trésors volés par nos soldats se transportent sous des codes”
mercredi 29 octobre 2008 - Par Le Temps
de Reuters par Luc Gnago
Soldats français en Côte d'Ivoire dans la zone tampon séparant le Nord tenu par les rebelles du Sud contrôlé par les forces gouvernementales. /Photo prise le 15 mars 2007
Excédé par l`injustice dont est victime la Côte d`Ivoire, de la part de la France, depuis l`accession au pouvoir du Président Laurent Gbagbo en 2000, Pr. Philippe Rémond, ressortissant français vivant en Côte d`Ivoire entre en campagne contre la désinformation. Dans cette interview, il fait des révélations sur le bombardement de Bouaké et la bataille des clans dans les services de renseignements généraux ivoiriens.
Qu`est-ce qui vous révolte dans les relations entre la Côte d`Ivoire et la France, votre pays ?
Je pense que la Côte d`Ivoire est sur le bon chemin avec le Président Laurent Gbagbo, pour aller vers la République, la vraie République, la vraie démocratie. La Côte d`Ivoire défend avec le Président Gbagbo, les valeurs républicaines importantes. Telles que les valeurs sociales. Tout comme l`Assurance maladie universelle que nous connaissons déjà en France. Pourquoi, comment et au nom de quoi doit-on empêcher la Côte d`Ivoire, les Ivoiriens et les non Ivoiriens de “goûter” au vrai bonheur ? Je savais qu`on avait mis les bâtons dans les roues du Président Laurent Gbagbo et il était donc anormal que je me taise. C`est pourquoi je me bats pour que la Côte d`Ivoire, cette patrie qui m`a adopté, sorte de cette situation difficile, définitivement, pour aller vers des élections transparentes. C`est à ce seul prix, que les Ivoiriens seront libres et bien vus dans le monde.
La déstabilisation de la Côte d`Ivoire était sue de certains milieux. En aviez-vous eu vent ? Si oui, pourquoi n`aviez-vous pas averti les autorités ivoiriennes ?
Je ne saurais affirmer avec fermeté que j`étais au courant de ce qui allait se passer en Côte d`Ivoire. Mais, c`est après recoupement des informations, que j`avais en ma possession que je me suis rendu compte que quelque chose de si grave se préparait contre la Côte d`Ivoire. Voici les faits :
j`ai eu les informations par hasard, comme quoi, un pilote de MI24 aurait été informé qu`il existait un plan de destruction de toute la flotte ivoirienne par la France. Informé de cette situation, ledit pilote a envoyé, au travers de ce qu`il m`a révélé, deux (2) rapports à la hiérarchie. Malheureusement, ces informations ne sont pas arrivées à destination.
Qui a donc empêché que ces nouvelles parviennent à qui de droit ?
C`est donc sur sa bonne foi que je l`ai cru… Que vous a-t-il dit par la suite ?
Outre ceci, une semaine avant, lors d`un cocktail, un soldat français tout ivre, un officier d`ailleurs, a lâché une parole qui m`a fait réfléchir longtemps. Le message était libellé comme suit: “En novembre, l`affaire est bouclée. Mais, ce qui est sûr, c`est que tous les Français vivant en Côte d`Ivoire, vous passerez les fêtes de fin d`année en France”. Le troisième élément, vient de l`appel que j`ai reçu de France. Conversation au cours de laquelle on m`a révélé que le régiment des soldats basés à Djibouti (les Marsouins) venait de prendre la route, pour Abidjan. Et mon interlocuteur de me demander de prendre toutes mes dispositions pour que je me protège. Car, ces gars sont des salauds : des “`sans pitiés”, des “sans cœurs”, des imbéciles prêts à tout, de vraies machines à tuer, des gens de sales coups. C`est eux qui étaient en Haïti. Or, leur déplacement est toujours motivé par l`exécution des faits obscurs venant de là-haut. Donc, quelque chose se préparait à Abidjan et il fallait, comme il me l`a dit, faire attention. A l`époque, j`ai raconté cette scène à certains fils de la Nation à la Présidence. Et, j`ai constaté que malgré la teneur de tout ce que je leur disais, les Renseignements généraux étaient plus ou moins au courant. Je le dis parce que ceux-ci ne cessaient de me répéter: “On sait, on sait leur plan, on les voit depuis leur cachette, on gère la situation”. Jusqu`à ce que les choses s`empirent sur le terrain. Un autre élément venu conforter les premiers, alors que je devais me rendre à Abidjan un vendredi matin à 10 heures, les Guatémaltèques de l`ONUCI sont venus me rendre leurs clés, pour sortir des maisons qu`ils occupaient. En me demandant de les remettre à la personne concernée. Surpris de cette attitude, je leur ai dit qu`on ne sortait pas d`une maison sans relever les compteurs et faire l`état des lieux. Ils m`avaient répondu qu`ils n`avaient pas le choix et qu`on leur avait demandé de dormir dans les camps de l`ONUCI ou de partir à l`étranger pour ceux qui avaient droit aux congés.
Qu`avez-vous fait après avoir eu toutes ces informations ?
Dès que je suis arrivé à Abidjan, j`ai encore couru vers mes premiers interlocuteurs qui m`ont dit qu`ils sont au courant et qu`il n`y avait pas de problème. Après analyse, je me suis rendu compte que tout ce que j`avais filé comme informations sûres n`était pas transmis. Ce qui m`a permis de comprendre leur position et me méfier d`eux par la suite. Tout ceci me permet de dire qu`il y avait un montage qui a été fait. Fait corroboré par la libération des prisonniers de Yopougon avant ces événements. Pour créer la chienlit à Abidjan et donner les raisons des interventions musclées de la France dans les rues d`Abidjan. Dès lors, les soldats allaient instaurer un couvre-feu pour empêcher les Ivoiriens de voir clair dans leur politique de déstabilisation de la Côte d`Ivoire, notamment celle de l`exfiltration du Président Laurent Gbagbo. En instaurant de facto, un nouvel ordre qui allait assurer la continuité de la gestion des affaires de l`Etat ivoirien. Ce sont des éléments inquiétants que j`ai pu recouper et que j`ai tenté de transmettre à ma manière, en haut lieu. Par le biais des personnes que j`ai contactées. Puisque je n`y avais pas accès. Quand les événements ont déclenché, je n`avais plus de doute qu`il s`agissait d`un coup contre la Côte d`Ivoire. Et qu`il y avait un montage derrière. Sachant donc que mon message n`était pas arrivé à destination, j`ai décidé de défendre la Côte d`Ivoire, en allant à la télévision. Pour présenter exactement ce qui se passait en Côte d`Ivoire au monde entier. Quand le ministre de la Défense française d`alors, Mme Michel Alliot-Marie annonçait aux Français et au monde entier, sur les chaînes que la France (les soldats français) ne faisait que des tirs de sommation. Là où des personnes avaient des têtes fendues en deux par des tirs de très longues portées. Pour moi, plusieurs blessés suivis de pertes en vies humaines ne sont pas les faits de tirs de sommation. J`ai fait l`armée et je sais ce que c`est un tir de sommation. C`est à la vue de cela que j`ai dit qu`il se passe des choses pas claires en Côte d` Ivoire, que le pays subi une injustice qu`il faut réparer.
Plusieurs personnes sont mortes en Côte d`Ivoire dans le silence des organismes des Droits de l`homme. Qu`en pensez-vous ?
Ce que j`ai dit en 2004 sur la Première chaîne de la télévision ivoirienne, c`est que les Français ont été mal informés de la situation exacte, vécue par les Ivoiriens depuis 2002. Mais, j`avais dit, à l`époque, que la devise de liberté, d`égalité, de fraternité, etc., de la France sont des données qui ne dépassent pas les frontières françaises. Ce n`est d`ailleurs pas normal, vu notre culture. Je ne m`y reconnais pas du tout.
Savez-vous quelque chose d`autre sur les événements de Bouaké ?
Je ne peux rien dire de concret. Mais, les choses peuvent relever du domaine du plausible ou de l`affabulation. Tout est possible. Je n`ai pas d`éléments fiables sur lesquels je pourrais me baser. Chirac a-t-il tronqué les faits ? Je ne peux rien dire au juste. Mais, pour moi, il y a une énorme interrogation. Parce que, tous les trésors volés par nos soldats se transportent sous des codes. Le cas des masques volés dans l`Ouest montagneux et mis dans des cercueils en est une preuve palpable. Une grande lumière doit être faite sur toutes ces choses. Le périmètre barricadé du lieu de bombardement du camp français et le fait que Ange Kessi ne soit pas autorisé à y mettre pied, suscitent aussi interrogation. Car, c`est Ange Kessi qui était chargé de tirer au clair, tout ce qui s`est passé pour le compte de la Côte d`Ivoire.
Selon vous, ce supposé bombardement était-il un alibi pour la France d`attaquer la Côte d`Ivoire ?
Là, je ne pourrai que faire des suppositions. Je dis ceci : est-ce qu`il y a un montage pour faire déclencher une opération qui avait été prévue ? De la même manière les forces impartiales sont restées indifférentes face à l`opération " dignité ", de cette même manière, on peut imaginer que le montage était assez gros.
Un diplomate aurait tenté d`écrire un livre sur le Président Gbagbo. De qui s`agit-il et pourquoi selon vous il n`a plus écrit son livre?
Ce que je sais, c`est qu`après les élections de 2000, quand le Président Laurent Gbagbo est arrivé au pouvoir, l`ambassadeur Renaud Vignal avait fait un rapport dans lequel il avait écrit trois phrases : “Gbagbo était un homme de conviction, il était acharné au travail”. Et dans sa conclusion il a dit que “Gbagbo est l`homme qu`il fallait à la Côte d`Ivoire”. Après sa réunion d`avec les hommes d`affaires français vivant en Côte d`Ivoire, il a carrément changé d`avis. Et, il a dit que “Gbagbo est un homme dangereux, et en particulier dangereux pour les intérêts des Français en Côte d`Ivoire”. En fait, c`est l`idée qui ressort de cette conclusion faite sur les actions de Gbagbo. Le Président Gbagbo devait donc partir du pouvoir et tout était mis en œuvre pour que l`on revienne à la situation qui prévalait auparavant.
Quel regard portez-vous aujourd`hui sur la Côte d`Ivoire engagée dans la sortie de crise ?
La Côte d`Ivoire est une grande Nation avec une forte population. Malheureusement, dans son évolution, elle doit tenir compte de l`existence des grandes Nations. Cela dit, c`est de la Côte d`Ivoire que part le grand vent de lutte contre le franc CFA. Et, cela sert de cas d`école à toutes les petites Nations qui l`entourent. Je tiens à dire par là, que très bientôt, la lutte des Ivoiriens aux mains nues contre la Grande France sera enseignée comme modèle dans les Universités d`Afrique. Afin d`éveiller en chaque citoyen africain, la vraie notion de patriote. Parce que ce sont des concepts que le colonisateur n`est pas parvenu, à mon humble avis, à enseigner comme il se doit aux élites africaines d`alors. Ces choses ne seront possibles que lorsque les patriotes continueront leur combat dans un esprit civilisé.
Pourquoi, selon vous, la France s`invite-t-elle toujours dans les débats ivoiriens ?
La France a plusieurs intérêts en Côte d`Ivoire. Elle a des intérêts dans plusieurs pays d`Afrique. On se souvient du scandale d`ELF au Gabon. On sait que c`est en fonction de ses besoins que la France oriente les politiques des pays d`Afrique. Elle veut toujours conserver son hégémonie sur ces pays au nombre desquels figure la Côte d`Ivoire. C`est un souci de positionnement par rapport à elle-même et par rapport aux autres Nations, les plus puissantes qui sont toujours à l`assaut de nouveaux territoires pour y investir. En gros, c`est comme un souci et/ou une peur de perdre son pré-carré (ancienne AOF et AEF). Or, malgré cette foi, les traitements ne suivent pas. Et, c`est ce qui a poussé le Président Gbagbo à dire qu`au lieu que nous partions toujours vers les Institutions financières aux conditions d`aide très musclées, si je peux m`exprimer ainsi, je souhaiterais que nous allions vers les pays émergents qui nous soulagent mieux. Le monde évolue et il faut l`accepter ainsi. C`est la loi de la vie et, nul ne peut s`y opposer. Il faut qu`on arrête de tordre les rails devant la locomotive Côte d`Ivoire, pour l`envoyer dans diverses directions. C`est elle-même qui doit choisir sa voie. On doit rendre à la Côte d`Ivoire son droit à l`autodétermination et son indépendance dans son entièreté.
Interview réalisée Par Francis Ouncado Correspondant